mardi 22 avril 2008, par Michel Chossudovsky
De profonds objectifs géopolitiques se tiennent derrière la campagne contre les dirigeants chinois. Le projet de guerre États-Unis-OTAN-Israël contre l’Iran est à un stade avancé de préparation. La Chine a des liens économiques ainsi qu’un accord bilatéral de coopération militaire bilatéral de grande envergure avec l’Iran. De plus, la Chine est aussi alliée de la Russie, du Kazakhstan, de la République kirghize, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan, dans le cadre de l’Organisation de Coopération de Shanghai (SCO). Depuis 2005, l’Iran a le statut de membre observateur à la SCO.
À son tour, la SCO a des liens avec l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (CSTO), un accord de coopération militaire associant la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan.
En octobre de l’année dernière, la CSTO et la SCO ont signé un Mémorandum d’Entente posant des fondements de coopération militaire entre les deux organisations. Cet accord SCO-CSTO, à peine évoqué par les médias occidentaux, implique la création d’une véritable alliance militaire entre la Chine, la Russie et les États membres de la SCO/CSTO. Il est bon de noter, qu’en 2006 la CSTO et de la SCO ont tenu des manœuvres militaires communes qui coïncidaient avec celles menées par l’Iran. (pour plus de détails, voir l’article en anglais, La Russie et les alliés d’Asie Centrale conduisent des manœuvres en réponse aux menaces étasuniennes, Global Research, Michel Chossudovsky, août 2006.)
Dans le contexte de ses plans de guerre contre l’Iran, les États-Unis ont aussi l’intention d’affaiblir les alliés de ce pays, à savoir la Russie et la Chine. Dans le cas de la Chine, Washington cherche à bouleverser les liens bilatéraux entre Beijing et Téhéran, de même que le rapprochement de l’Iran avec la SCO, dont le siège se trouve à Beijing.
...... La National Endowment for Democracy (NED), qui canalise l’aide financière vers les groupes d’opposition pro-étatsuniens du monde entier, a joué un rôle important dans le déclenchement des « révolutions feutrées » qui servent les intérêts économiques et géopolitiques de Washington.
La NED, bien qu’elle ne fasse pas officiellement partie de la CIA, exerce une fonction importante dans l’arène des partis politiques civils et des ONG. Elle a été créée en 1983, quand la CIA a été accusée de secrètement soudoyer des hommes politiques et de mettre en place des organisations bidons, façades de la société civile. Selon Allen Weinstein, responsable de la mise en place de la NED durant l’administration Reagan, « une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui était fait secrètement par la CIA il y a 25 ans. » (Washington Post, 21 septembre 1991.)
La NED opère à travers quatre instituts prédominants : le National Democratic Institute for International Affairs, l’International Republican Institute, l’American Center for International Labor Solidarity, et le Center for International Private Enterprise.
La NED a fourni des fonds aux organisations de la « société civile » vénézuélienne à l’origine d’une tentative de coup d’État contre le Président Hugo Chavez. En Haïti, la NED a appuyé les groupes de l’opposition derrière l’insurrection armée qui a contribué à évincer le président Bertrand Aristide en février 2004. Le coup d’état en Haïti résulte d’une opération des services de renseignement militaire soigneusement mise en scène. (Voir La déstabilisation de Haïti, Global Research, Michel Chossudovsky, février 2004)
La NED finance nombre d’organisations tibétaines, tant en Chine qu’à l’étranger. La plus importante organisation pro-Dalaï Lama pour l’indépendance du Tibet financée par la NED est International Campaign for Tibet (ICT), fondée en 1988 à Washington. ICT a des bureaux à Washington, Amsterdam, Berlin et Bruxelles. À la différence des autres organisations tibétaines financées par la NED, ICT a des relations étroites, chaleureuses et « imbriquées » avec la NED et le ministère des Affaires Étranges étatsunien :
Certains des directeurs d’ICT sont aussi membres constitutifs de l’establishment de la « promotion de la démocratie, » notamment Bette Bao Lord (présidente de la Freedom House, et l’une des directrices du Freedom Forum), Gare A. Smith (qui servait auparavant comme principal adjoint d’Human Rights and Labor du Bureau de la Démocratie du Ministère des Affaires Étrangères étatsunien), Julia Taft (ancienne directrice de la NED, ancienne adjointe au Ministre des Affaires Étranges et Coordonnatrice Spéciale sur les questions tibétaines, a travaillé à l’USAID, et a aussi exercé les fonctions de présidente et de directrice générale d’InterAction), et enfin, Mark Handelman (qui est aussi directeur de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens, une organisation dont le travail est lié de manière idéologique aux interventions de longue date de la NED à Haïti).
Le comité des conseillers d’ICT propose aussi deux individus étroitement liés à la NED, Harry Wu et Xiao Qiang (ancien directeur exécutif de Human Rights In China (droits de l’Homme en Chine), financé par la NED).
À l’instar de son conseil d’administration, le comité international des conseillers d’ICT comporte de nombreux notables « démocrates, » comme Vaclav Havel, Fang Lizhi (qui en 1995, au moins, a été membre du conseil d’administration de Human Rights in China), Jose Ramos-Horta (qui siège au conseil consultatif international du Democracy Coalition Project), Kerry Kennedy (l’un des directeurs du China Information Center, financé par la NED), Vytautas Landsbergis (l’un des patrons internationaux de la Société néoconservatrice Henry Jackson — voir Clark, 2005), et jusqu’à sa mort récente, Jeane J. Kirkpatrick, « l’accoucheuse des Néo-conservateurs » (qui était aussi liée à des groupes « démocratiques » comme Freedom House et la Foundation for the Defense of Democracies). (« Impérialisme démocratique » : Tibet, Chine et National Endowment for Democracy, Global Research, Michael Barker, 13 août 2007)
« Les autre organisations financées par la NED incluent Students for a Free Tibet (SFT, étudiants pour un Tibet libre) évoqué plus haut. La SFT a été créée en 1994 à New York comme un projet du Comité Tibet étatsunien et financée par la NED et ICT. La SFT est plus connue pour le déploiement d’une bannière de 150 mètres en haut de la Grande Muraille de Chine, appelant à un Tibet libre. » (En français : Jeu géopolitique risqué : Washington joue le Tibet à la roulette avec la Chine, Global Research, F. William Engdahl, avril 2008).
En janvier dernier, la SFT avec cinq autres organisations tibétaines ont proclamé « le début d’un soulèvement du ’’peuple tibétain’’ . . . et fondé ensemble un bureau provisoire chargé de la coordination et du financement. » (Ibid)
La NED finance aussi le Tibet Multimedia Center pour la « diffusion de l’information concernant la lutte pour les droits de l’homme et la démocratie au Tibet, » lui aussi à Dharamsala. Et la NED finance le Tibetan Center for Human Rights and Democracy. (Ibid)
Les tâches sont réparties entre la CIA et la NED. Tandis que la CIA fournit le soutien clandestin aux groupes rebelles paramilitaires armés et aux organisations terroristes, la NED finance les partis « civils » et les organisations non gouvernementales, en vue d’établir une « démocratie » à la façon étatsunienne dans le monde entier.
La NED constitue, pour ainsi dire, le « bras civil » de la CIA. Les interventions de la CIA et de la NED dans différentes parties du monde se caractérisent par un modèle cohérent, qui est appliqué dans de nombreux pays.
Michel Chossudovsky est professeur d’économie politique, conférencier prisé sur la scène internationale et conseiller auprès de pays en développement, d’organismes internationaux et des Nations Unies.
Il est le directeur du Centre de recherche sur la mondialisation (CRM-CRG) et auteur de plusieurs best-sellers, dont deux traduits en français : Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial et Guerre et mondialisation : À qui profite le 11 septembre ?. Il contribue à l’Encyclopedia Britannica. Ses écrits ont été traduits en plus de 20 langues.
Texte intégral de l’article sur : www.mondialisation.ca/index.php ?context=va&aid=8764