dimanche 2 mai 2010, par Jean-Paul Desimpelaere
“Les régions autonomes forment en Chine 64% du territoire national. Dans ces régions, les minorités ethniques sont en majorité (par rapport aux Chinois Han). Mais les divers groupes ethniques sont fort mélangés dans ces territoires. Devrions-nous abandonner plus de la moitié de nos territoires à des conflits ethniques ?
L’autonomie régionale que nous accordons n’est pas telle que vous l’imaginez. Chez nous, l’autonomie va de paire avec l’unité du pays. Sans unité nationale, il n’y a pas d’autonomie pour les minorités. L’histoire montre que les minorités ethniques deviennent souvent le terrain de jeu de grandes puissances, et dans ces cas, il n’est plus du tout question d’autonomie.
Ce que l’on peut voir aujourd’hui comme le Tibet ’modernisé’ n’est pas l’oeuvre des 200.000 Chinois Han qui y vivent. Ce serait tout bonnement impossible, vu l’ampleur de l’évolution. Ce sont principalement les Tibétains qui ont développé leur région.
Le parti communiste au Tibet ? Ce sont des Tibétains, en majorité ! Le monde n’y croit pas, mais ce sont les Tibétains qui y gèrent le développement.
En ce qui concerne la dalaï-lama, vous pensez qu’il a changé de position depuis l’époque où il soutenait les rebelles armés du Tibet dans les années ’50 et ’60. Mais c’est tout le contraire. Il n’a jamais condamné les désordres fatals de mars 2008, au contraire, dans une interview avec AsianWeek le 6 avril 2008 il a déclaré que ‘les magasins des Chinois Han incendiés à Lhasa n’étaient que des bordels’.
Les puissances étrangères ne nous ont pas apporté grand-chose de bon durant la première moitié du 20e siècle. Cela fait désormais 60 ans que nous gérons nous-mêmes nos affaires, et nous nous en sortons nettement mieux. Nous sommes parfaitement à même de régler nos problèmes internes. Accorder un prix Nobel au dalaï-lama, c’était simplement une tactique de l’occident afin de ’sanctionner’ la Chine.
Les journalistes qui viennent uniquement pour nous critiquer ne sont pas les bienvenus. La porte du Tibet est ouverte, mais nous voulons que la stabilité et le progrès y règnent, pas que des fauteurs de troubles avérés s’y installent. C’est notre pouvoir décisionnel.
Les dernières négociations avec les représentants du dalaï-lama en novembre 2008 ont été interrompues de leur côté, pas du notre. Nous n’acceptons pas son ‘memorandum’ comme texte de base pour des négociations, car il y s’agit toujours, en termes détournés, d’’indépendance’. Les discussions sont toujours possibles, mais pas sur cette base. Sur quelle base alors ? Si le dalaï-lama met fin à sa croisade internationale contre la Chine, nous pourrons parler de son retour. Lors de ses visites auprès de hauts dirigeants étrangers, il ne fait que gêner les relations entre ces pays et la Chine. Ce sont des interventions politiques, pas religieuses. Il a déclaré au ‘Deutsche Welle’ le 2 août que “le Parti Communiste Chinois ferait bien de prendre sa pension”. Voilà un discours qui ne me semble pas très religieux. Comment ces deux choses sont-elles compatibles ? Il dit qu’il veut discuter avec nous, et en même temps, il déclare que nous devrions prendre notre pension. Avoir une discussion, ce n’est pas un show. D’après moi, ce genre de déclarations lui sont suggérées par son entourage immédiat, puissances étrangères incluses, et sponsors. Un pays, que je ne citerai pas, lui a déjà offert 16,75 millions de dollars de soutien rien que pour cette année. Ce soutien oblige le dalaï-lama à respecter une certaine position.
La liberté d’expression est garantie au Tibet, sauf quand elle va à l’encontre de l’unité entre les divers groupes ethniques. De plus, la religion et la politique doivent rester séparés, et nous ne voulons pas d’un système d’enseignement parallèle (officiel et religieux).”