dimanche 2 mai 2010, par Jean-Paul Desimpelaere
Qu’est-ce qu’un ‘panchen-lama’ ? Sans trop entrer dans les détails, réajustons certaines des opinions courantes disséminées par des sympathisants du dalaï-lama.
Le panchen-lama est-il le ’deuxième’ dans la hiérarchie religieuse au Tibet, une sorte de sous-pape ? Non, c’est quasi le contraire. Il fut l’un des deux premiers élèves de Tsongkapa, le fondateur de l’école gélougpa du bouddhisme tibétain (‘bonnets jaunes’). Tsongkapa et ses deux élèves sont révérés au Tibet comme une sorte de ’sainte trinité’. Le premier dalaï-lama est un élève plus tardif de Tsongkapa. Mais le 5e dalaï-lama s’est emparé du pouvoir politique au Tibet au 17e siècle ce qui lui donna, ainsi qu’à ses successeurs, plus d’influence dans tous les domaines. Les dalaï-lamas séjournaient par ailleurs dans la capitale Lhasa, tandis que les panchen-lama dirigeaient la région de Xigaze, la deuxième ville la plus importante.
Les réincarnations du panchen-lama étaient-elles désignées par les dalaï-lamas ? Non. C’étaient les lamas du monastère de Tashilumpo, région d’origine des panchens, qui menaient à bon terme la recherche de la réincarnation. Les dalaï-lamas donnaient leur accord ou leur veto, tout comme l’empire chinois et plus tard la république.
Le 10e panchen-lama ne partit pas en exil en compagnie du dalaï-lama en 1959, il resta au Tibet. “Il s’est cependant opposé à l’autorité communiste et demandait déjà en 1964 à ce que le Tibet soit indépendant”, racontent les ‘dalaïstes’. “Ce qui lui a coûté 13 ans de prison”. Le 10e panchen n’a jamais lancé d’appel pour un ’Tibet indépendant’, se distanciant clairement du 14e dalaï-lama. Mais durant la Révolution Culturelle en Chine, il est vrai qu’il a été ’mis de côté’, forcé de vivre en résidence surveillée dans le temple lama de Pékin. En 1978, il était réhabilité, et perçut d’importants budgets afin de reconstruire et rénover des temples au Tibet.
Sa successionLe dixième panchen-lama est décédé en janvier 1989 à Xigaze. Afin de trouver sa réincarnation, un comité de hauts lamas du monastère Tashilumpo de Xigaze se mit au travail (recherche d’enfants doués, signes de nuages au dessus d’un lac sacré, etc). Quatre jours avant sa mort (après un arrêt cardiaque aux pronostics bien sombres), le dixième panchen avait déclaré, lors d’un symposium de hauts lamas le 24 janvier 1989, que son successeur devrait être choisi selon la méthode traditionnelle de tirage au sort dans l’urne d’or devant la statue de Sakyamuni dans le temple de Jokhang, parmi les trois meilleurs candidats. Le comité du monastère de Tashilumpo suivit ces recommandations, mais l’un d’entre eux entretenait une correspondance secrète avec le dalaï-lama en Inde. Fin 1994, le comité avait rassemblé sept jeunes candidats et se préparait à en sélectionner les trois meilleurs afin de les faire participer au tirage au sort et de présenter le résultat à Pékin. C’est à ce moment-là que le dalaï-lama actuel est intervenu, en mai 1995, en désignant unilatéralement et sans en discuter avec Pékin, un autre enfant comme successeur approprié, sans tirage au sort de sacralisation. Le responsable du monastère de Tashilumpo s’y est immédiatement opposé à travers une déclaration officielle, estimant que par ses actes, le dalaï-lama foulait aux pieds les règles traditionnelles du bouddhisme tibétain. Il y ajoutait que la date de naissance de l’enfant avait également été falsifiée : il était né avant la mort du 10e panchen. Nous ne savons pas si ce dernier point est vrai, mais en tout cas, la procédure normale suivit son cours, et en novembre 1995, le tirage au sort entre les trois meilleurs candidats eut finalement lieu, et le vainqueur devint l’actuel 11e panchen-lama, qui a entre temps terminé ses études et parcourt le Tibet et ses territoires limitrophes. L’’autre’ enfant a effectivement été ’éliminé’ du tableau avec sa famille. Et est devenu la mascotte du mouvement d’indépendance à l’étranger.
En conclusion Depuis le 18e siècle, le gouvernement chinois a coulé en loi son pouvoir de confirmation de la nomination de la réincarnation d’un haut lama. Une loi qui est encore toujours d’application. L’actuel dalaï-lama a saisi l’occasion de briser cette pratique en décidant, de l’extérieur et unilatéralement, de s’attribuer lui-même la désignation du successeur du panchen-lama.