jeudi 11 mars 2010, par Jean-Paul Desimpelaere
Le rapport de la Commission du Congrès des Etats-Unis tire surtout ses informations des cercles autour du dalaï-lama, du milieu dissident chinois et d’organisations satellites de la CIA, telles que “Radio Free Asia”, “International Campaign for Tibet” et le “Tibetan Center for Human Rights and Democracy”. On y trouve nombre de plaintes précises sur “le manque de libertés politiques, les arrestations, le manque de liberté de la presse, la limitation de l’influence religieuse” et plus encore du même ordre. Mais ce qui est frappant, c’est que ces plaintes sont dans ce papier beaucoup moins fortes que ce qui circule chez nous en occident. Ou que ce que raconte le dalaï-lama. Et ces deux dernières versions sont à peu près identiques. Il est instructif de se référer ici au discours du dalaï-lama qu’il a tenu devant une commission d’écoute du Sénat français en août 2008, en plein pendant la période des jeux olympiques à Pékin. Je mets ici quelques-unes de ses déclarations à la suite l’une de l’autre.
“Après les manifestations de mars 2008, nous avons reçu de nombreux témoignages sur des exécutions arbitraires et des cas de torture jusqu’à la mort. Les corps des personnes portées disparues n’ont pas été restitués aux familles. La terreur règne partout.” Pas une trace de cela dans l’épais rapport du Congrès états-unien, pourtant nourri par les tibétains en exil et les satellites de la CIA. Et je n’ai pas senti non plus la terreur lorsque j’étais là-bas au moment de son speech.
“Même avant les évènements de mars 2008 on a pu observer le remplacement systématique des cadres tibétains par des chinois, en préparation à ce qui allait suivre. Une source très fiable nous dit que le gouvernement chinois a l’intention, après les jeux olympiques, de faire immigrer un million de chinois au Tibet. Une autre mesure consisterait à forcer tous les tibétains étudiant à l’étranger à rentrer dans les six mois.” Aucune trace de cela dans le rapport des Etats-Unis et plus fort encore : dans la réalité non plus !
Mais il y a d’autres déclarations “fortes” dans son discours devant la commission du Sénat français, qui ne sont pas directement liées au rapport des Etats-Unis sur les droits de l’homme. J’en présente encore quelques-unes alignées, avec un peu de commentaires.
“Les commerces, que les tibétains ouvrent dans d’autres provinces chinoises, sont boycottés.” J’ai pu observer le contraire, au moment de son allocution (août 2008). Le Tibet est à la mode dans le reste de la Chine. Ce qui est vrai c’est que ces centres ’en vogue’ ne peuvent pas faire de propagande pour l’indépendance du Tibet. Le dalaï-lama aimerait peut-être bien disposer d’un tel réseau pour son combat en Chine.
“J’ai invité la Croix Rouge internationale à apporter de l’assistance suite au tremblement de terre au Tibet (note de la rédaction : pas au Tibet même mais au Sichuan, dont il réclame une partie comme territoire tibétain). Les autorités chinoises ont refusé.” La presse internationale a félicité les autorités chinoises pour l’efficacité de l’aide apportée après le tremblement de terre. Pour le dalaï-lama, forcer l’entrée en Chine via ’l’aide et l’ingérence internationale’ est une tactique qu’il partage avec les Etats-Unis.
“En Mongolie Intérieure les mongols d’origine – 3 à 4 millions – sont submergés par 80 millions de chinois de l’ethnie han.” Ces chiffres ne sont pas exacts car la région autonome de Mongolie Intérieure ne compte que 25 millions d’habitants. Mais ce qui est plus grave : il ne prêche pas pour la haine ethnique seulement au Tibet.
“Maintenant que je vis hors du Tibet chinois, je me sens un homme libre, je peux dire ce que je veux, je peux aller où je veux. Et donc, je me sens bien. Je tends la main au chinois, mais ils ne la prennent pas. Alors je suis bien obligé de tendre l’autre main à ceux qui nous soutiennent réellement dans ce monde.” Il parle des Etats-Unis et un peu de l’Europe, tant que c’est contre la Chine.
“La communauté internationale n’a aucune raison de se laisser ennuyer par le régime communiste chinois. Ici en occident, règne une liberté fondamentale. C’est pourquoi il est important que vous choisissiez le camp des peuples qui ne jouissent pas encore de cette liberté.” Ce n’est pas le Tibet qui l’intéresse, c’est ‘voir disparaître le regime communiste chinois’.
“La France ne semble pas être directement menacée par les troupes chinoises, mais l’Inde et le Japon bien. Pour eux, cette superpuissance militarisée est un danger réel. C’est une superpuissance disposant d’armes nucléaires, qui ne voit le pouvoir qu’à travers la violence et n’hésite pas à mettre cela en pratique. Leurs missiles intercontinentaux sont peut-être une menace pour la Russie et l’Europe.” Tous les stratèges intercontinentaux sont d’accord sur le fait que la capacité militaire de la Chine à intervenir hors de ses frontières est très limitée. Le dalaï-lama lance tout de même l’idée. En français cela s’appelle “diaboliser”. Pourtant la Chine n’a aucune base militaire à l’étranger. Les autres “grands” ne peuvent pas en dire autant, malgré leurs prix Nobels de la paix.
“Le Grand Tibet a été dirigé par une succession de dalaï-lamas.” C’est un mensonge délibéré. Tous les documents historiques montrent que l’autorité locale des dalaï-lamas était limitée à l’actuelle province du Tibet, pas à ‘l’extension’ (voir ailleurs sur ce site).
“En 1950, j’avais négocié avec le gouvernement chinois que le Tibet pourrait disposer de sa propre armée.” C’est en grande partie faux. Une ‘section tibétaine’ dans ‘l’Armée de libération populaire’ chinoise, c’est autre chose.
“Il y a besoin d’un état tampon entre l’Inde et la Chine.” Oui, pour lui, il faut de préférence éviter un rapprochement entre l’Inde et la Chine. Et plutôt un état tampon à la mode occidentale.
“J’insiste pour que la Chine, maintenant qu’elle s’intègre dans le marché international, embrasse les idéaux de la démocratie.” Oui, bien entendu, se jetter dans la gueule du néolibéralisme occidental. mais ce n’est apparemment pas l’intention de la Chine.
Conclusion :
Même si les faits rapportés dans le rapport des Etats-Unis sont douteux sans pourtant être trop exagérés, le dalaï-lama y rajoute une petite couche de marketting pendant sa tournée internationale.